La protéinurie ? Comment la détecter ? Aspects pratiques

Quid des bandelettes urinaires ?

Les bandelettes urinaires (BU) sont sensibles pour détecter l’albumine dans les urines. Les autres protéines (hémoglobine, protéines de Bences Jones – chaines légères des Immunoglobulines – doivent être présentes en très grande quantité pour que la réaction colorimétrique se fasse.

Caractéristiques des BU :

  • Limite de détection 0,2-0,3g/L
  • Résultat à interpréter en fonction de la densité urinaire (un résultat de 1+ mettre en évidence une protéinurie plus importante si elle est associé à une Du de 1.015 qu’avec une Du de 1.060)
  • Faux positifs et faux négatifs à connaitre (voir Tableau)

 

Causes de faux-négatifs

Causes de faux-positifs

–       Microalbuminurie

–       Protéinurie due à des protéines différentes de l’albumine (Hémoglobine, Bences Jones, …)

–       Sédiment urinaire actif (germes, cellules, cristaux)

–       Urines concentrées

–       Urines très alcalines (ph > 9)

–       Urines alcalines (ph>7,5) et concentrées (Du>1.035)

–       Contamination par détergent, désinfectant

–       Conservation impropre des BU

 

Il convient de noter que de nombreux faux-positifs existent : la spécificité de la bandelette urinaire est de 31% chez le chat et 69% chez le chien par rapport à un test ELISA spécifique d’espèce pour détecter l’albumine.

Le test à l’acide sulphosalicylique est un test de précipitation pour tous les types de protéines. Il permet de vérifier les résultats obtenus avec la BU.

En pratique il consiste à mélanger un volume identique d’acide sulfosalicylique à 5% et un volume d’urine dans un tube sec. Lors de protéinurie, on obtient un précipité dont l’opacité est proportionnelle à la quantité de protéine.

Démarche pratique :

  • Si > 1+ à la BU, confirmé par test à l’acide sulfo-sacilicylique (TASS), ou acide nitrique => faire RPCU pour quantification
  • Si traces à la BU, avec TASS + => refaire test dans 2-4 semaines
  • Si négatif à la BU=> exclusion protéinurie

Qu’est ce que la microalbuminurie ?

La microalbuminurie (albuminurie) non détectable par les bandelettes urinaires classiques, peut être dépistée à l’aide de kits diagnostiques spécifiques aux chiens et aux chats. Ces tests peuvent être envisagés dans les situations suivantes :

  • lorsque la bandelette urinaire s’est avérée négative et que l’animal présente une maladie ayant potentiellement des effets néfastes sur le rein
  • lorsqu’on souhaite rechercher une lésion rénale chez un animal âgé dans le cadre d’un bilan gériatrique, lorsque la bandelette urinaire s’est avérée négative
  • lorsque les tests conventionnels présentent des résultats équivoques
  • lorsque l’animal est à risque de développer une maladie rénale (néphropathies génétiques, maladies infectieuses, …)

Ce test, bien que plus sensible reste néanmoins peu spécifique : il est en effet fréquemment positif chez les chiens de races miniatures et chez les chiens atteints de maladies cardiovasculaires, métaboliques, infectieuses, inflammatoires ou néoplasiques.

Il est important de noter que les résultats de microalbuminurie données par les laboratoires humains ne sont pas fiables : le dosage est en effet spécifique (test ELISA : Erd healthscreen canine urine test ou feline urine test)

 

Du sang dans les urines peut-il faire colorer la plage des protéines sur la BU ?

Oui. Mais pour attribuer la protéinurie uniquement à la seule présence de sang, la réaction de l’héme (plage « sang ») doit être supérieure à 3+ et l’hématurie doit être visible macroscopiquement (avec centrifugation).

Si la réaction de l’hème est <3+ et que le sédiment urinaire est inactif (pas de pyurie, bactériurie, …), d’autres causes de protéinurie doivent être recherchées (syndrome néphrotique, myélome multiple, lésions tubulaires, …)

 

Faut-il faire un sédiment urinaire ?

L’une des causes fréquentes de protéinurie est une inflammation du tractus urinaire, une infection, une hémorragie ou une combinaison des trois. Le sédiment est donc recommandé.

Certains auteurs évoquent que lorsque l’aspect macroscopique de l’urine est normal (jaune, limpide) et que la BU s’avère normale, il est très fréquent d’avoir un sédiment urinaire absent ou inactif.

 

Quand demander un RPCU ?

Un RPCU est à envisager de façon à quantifier une protéinurie rénale : cela nécessite d’avoir écarter les causes de protéinurie pré et post-rénale.

Les dernières recommandations sont les suivantes :

  • RPCU normal chez le chien : < 0.5
  • RPCU normal chez le chat : < 0.4

Un RPCU > 1 évoque une maladie glomérulaire (glomérulonéphrite, glomérulosclérose ou amyloïdose), une protéinurie de Bences Jones, ou moins fréquemment une protéinurie tubulaire. Dans ce contexte, un bilan biochimique sanguin et une électrophorèse des protéines sériques et/ou urinaires sont indiquées afin de savoir si la protéinurie est pré-rénale ou rénale. La suite sera soit une ponction de moelle osseuse ou une biopsie rénale.

 

Comment prélever l’urine pour faire un RPCU ? Cystocentèse indispensable ?

Chez le chien, il a été démontré que la corrélation du RPCU à partir d’urines prélevées par cystocentèse et par miction spontanée est excellente. Par conséquent, la réalisation de RPCU à partir d’urines prélevée par miction peut se faire et est très fiable (Beatrice L et coll., JAVMA, 2010).

Chez le chat, il a été mise en évidence que la réalisation d’un RPCU à partir d’urine prélevée par compression manuelle de la vessie (phase intermédiaire) permet d’obtenir la même classification IRIS de la protéinurie qu’à partir d’urines prélevées par cytsocentèse (Vilhena HC et coll, JAVMA, 2015).

Dans ces deux situations, il est nécessaire d’écarter les causes de protéinurie post-rénale (culot urinaire absent ou inactif).

Il a été démontré que le RPCU réalisé à partir d’urines prélevées au sein de la clinique vétérinaire peut être significativement plus élevé que s’il était réalisé à partir d’urine prélevées à la maison par le propriétaire : dans certains cas, la classification IRIS peut être différente (Duffy ME et coll., JVIM, 2015 http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26059431)

 

Une hématurie ou une infection urinaire peut-il influencer la valeur du RPCU ?

Dans 81% des cas de pyurie chez le chien , la valeur du RPCU est normale.

Une bactériurie n’augmente pas de façon significative la valeur du RPCU.

Une hématurie importante (ajout de sang total dans un échantillon d’urine jusqu’à obtenir une urine de couleur « rouge ») ne permet pas une augmentation de RPCU > 0.4 (Vaden SL et coll. Vet Clin Pathol, 2004).

 

Comment conserver les urines pour un RPCU ?

Rossi G. et coll, ont montré que la valeur du RPCU n’est pas modifiée si les urines sont conservées à température ambiante après 2h et 4h. Au delà de 12h, le RPCU augmente significativement. Il reste par contre stable pendant plus de 3 mois si les urines sont congelées à -20°C (Am J Vet R, 2012).

 

Comment conclure à une variation de RPCU ?

Chez un animal présentant une protéinurie stable, les valeurs de RPCU peuvent varier fortement : aux alentours de 40% chez un chien et 90% chez un chat. Par conséquent afin de conclure à une diminution ou une augmentation significative de la valeur de RPCU, il faut que les variations soient supérieures à ces valeurs.

 

Quels sont les intérêts du RPCU ?

Le RPCU va permettre de quantifier une protéinurie afin de connaître son intensité. Sa valeur guide ensuite la démarche : monitoring, investigation ou traitement.

Un suivi dans le temps du RPCU permet de savoir si les lésions rénales mises en évidence initialement sont stables ou si elles évoluent. Il permet aussi de savoir si le traitement mis en évidence est efficace.

Enfin, la valeur du RPCU revêt un intérêt pronostique : en effet, Jacob F. et coll. 5AJVAM, 2005), ont démontré qu’un RPCU > 1 chez des chiens présentant une maladie rénale chronique (MRC) est un élément défavorable : cela est associé à une progression plus rapide de la maladie rénale, à une augmentation de la fréquence des crises urémiques, et à une augmentation de la mortalité.

Chez le chat, la survie est plus courte chez les animaux en bonne santé avec un RPCU > 0.3 et chez les chat à MRC avec un RPCU > 0.4 (Syme et coll., JVIM, 2003 – Walker et coll., JVIM 2004).